Dans votre essai « Perdus sans la nature », vous écrivez que la rupture du lien entre les enfants et la nature se traduit par l’apparition de problèmes importants chez les jeunes. Quels sont –ils?

Plus largement, l’enjeu le plus important c’est le déclin du jeu libre à l’extérieur. Dans un camp, l’enfant peut profiter du fait d’être à l’extérieur et d’une période où il est libre.

Les jeunes sont plus sédentaires, branchés sur les jeux vidéo, et sont moins appelé à bouger et présentent des problèmes d’obésité et d’embonpoint. Ce qui est assez nouveau, c’est le diabète de type 2 qui commence à être perceptible chez les enfants. De plus, on peut établir un lien direct entre déclin du jeu libre à l’extérieur et la croissance des problèmes d’agitation (troubles du comportement, déficit d’attention, hyperactivité, désordre lié au stress), qu’on voit de plus en plus à la maison et à l’école.

Les enfants ont besoin de ce lien essentiel avec la nature, il est nécessaire à leur développement émotif notamment. Vous le privez d’un élément qui peut l’apaiser et le sécuriser. Or, si vous privez un enfant d’un élément important sur le plan émotif, vous le privez du coup d’un élément qui peut l’apaiser et le sécuriser. D’où les problèmes d’agitation.

Quelles sont les causes de cette rupture avec la nature? Et, en corolaire, quels sont les effets bénéfiques d’un contact avec la nature pour un enfant?

Les causes sont essentiellement l’attrait des jeux vidéo, l’horaire scolaire des enfants et le nombre d’heures passées à l’école et au service de garde, des heures passées, pour la plupart, sans trop bouger. Les enfants apprennent par la tête, par les yeux, mais malheureusement pas en bougeant et en sollicitant les autres sens, pourtant essentiels. On peut ajouter à la liste des causes l’hyper-parentalité, où dans cette société de la performance dans laquelle nous évoluons, les parents organisent à outrance l’horaire de leur enfant, qui pratique des activités à l’intérieur et à l’extérieur avec des règles précises. Le temps passé dans un camp permet aux jeunes de profiter du lien subconscient avec la vie et d’en tirer un plus grand bénéfice. L’enfant peut «  lâcher son fou ».

L’effet le plus important d’une proximité avec la nature c’est un effet calmant et apaisant. Plusieurs études ont démontré que, chez les enfants atteints de troubles de l’attention, plus l’environnement dans lequel il se promenait était vert et naturel, plus les symptômes d’agitation diminuaient rapidement.  Un effet plus grand qu’une pilule de Ritalin et sous-estimé.

Dans les camps, les enfants apprennent l’autonomie, l’indépendance, la coopération, la tolérance à la frustration en groupe à l’extérieur. Autant de bienfaits amplifiés par le lien avec la nature.

Comment les camps de vacances, les camps de jour et les classes nature peuvent-elles contribuer à rétablir ce lien entre les enfants et la nature?

Les camps peuvent y contribuer en suscitant l’émerveillement des enfants. C’est le plus grand des défis des camps.  En allant à l’extérieur, dans un camp, on donne à l’enfant l’occasion de découvrir son milieu naturel. C’est l’énorme responsabilité des camps.  Pour bien des enfants, c’est le seul moment où ils peuvent sortir des quatre murs de la classe ou de la maison familial.

Dans les camps, ils peuvent apprendre le nom des oiseaux, des arbres, etc. On a accablé les enfants avec les catastrophes écologiques et environnementales. Mais on a oublié de susciter leur émerveillement, de leur faire vivre la sensation de se mettre les mains dans la terre, d’embarquer dans un canot, etc..

Les camps sont le dernier rempart naturel dans la vie de bien des enfants.

Quels sont les effets bénéfiques, selon vous, d’un séjour en camp pour un enfant et … les parents?

Le camp est un excellent répit pour l’enfant et pour le parent. Avec l’hyper-parentalité, les parents « hélicoptères » sont toujours en train de vrombir autour des enfants. Les camps deviennent un des seuls endroits où l’enfant peut reprendre le contrôle de son quotidien et évoluer seul avec d’autres enfants.

C’est aussi un répit pour les parents, qui peuvent en profiter pour faire leurs activités.

C’est surtout un nécessaire moment de détachement pour les enfants et pour les parents. Bien souvent, ce sont les parents qui ont le plus de difficulté à laisser aller leur enfant…qui s’adapte plus facilement qu’on croit.

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